À l’occasion de la cérémonie solennelle de présentation des vœux du Nouvel An du Corps diplomatique, consulaire et des Organisations internationales accrédités au Mali, le Général d’Armée Assimi Goïta, Président de la Transition et Chef de l’État, a livré un discours dense, à la fois diplomatique et résolument politique. Face aux représentants étrangers réunis au Palais de Koulouba, le ton s’est voulu clair : le Mali assume pleinement ses choix stratégiques et entend bâtir des partenariats fondés sur le respect mutuel.
Remerciant d’emblée le doyen du Corps diplomatique, l’Ambassadeur de la Fédération de Russie, pour les vœux formulés au nom de ses pairs, le Chef de l’État a placé son allocution sous le signe du dialogue. « Que l’année 2026 soit, pour nos relations, une année de dialogue constructif, de coopération sincère, et de partenariats fondés sur le respect mutuel », a-t-il déclaré, invitant ses hôtes à transmettre ses souhaits de paix et de prospérité aux autorités de leurs pays respectifs.
Dans un contexte international marqué par « de fortes tensions géopolitiques », des crises économiques et humanitaires et « l’affaiblissement du multilatéralisme », le Président Goïta a rappelé que le Mali avait fait « le choix de se redéfinir ».
« Nous avons tracé une ligne, celle de la souveraineté et de la responsabilité. Notre pays a choisi la dignité, le respect, la liberté de ses choix stratégiques et l’indépendance », a-t-il affirmé avec fermeté.
Cette réorientation diplomatique, selon lui, repose sur un principe simple : « Le Mali est l’ami de tous ceux qui le souhaitent dans le respect de ses principes, de ses choix stratégiques et de ses intérêts vitaux. » Désormais, a-t-il insisté, les partenariats se construisent « sans tutelle, sans injonction, sans instrumentalisation ».
Salua nt les nouvelles accréditations d’ambassadeurs et le renforcement du dialogue politique, le Chef de l’État y voit « l’intérêt renouvelé pour notre pays et pour l’espace confédéral ».
Sécurité : « C’est cela, la victoire utile »
Sur le plan sécuritaire, le Président de la Transition a évoqué les « progrès enregistrés » grâce à « la montée en puissance de nos Forces armées et de sécurité » et à la détermination des combattants maliens.
Reconnaissant la complexité d’une « guerre asymétrique, rude, longue et parfois silencieuse », le Chef de l’Etat a assuré que les Forces de Défense et de Sécurité demeurent mobilisées pour protéger les populations et restaurer l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire. « C’est cela, la victoire utile. Une victoire en faveur de l’accès à l’école, à la santé, à la justice, à l’activité économique et culturelle », a-t-il expliqué, élargissant la notion de succès militaire à la reconstruction sociale et institutionnelle.
Dans un moment de recueillement, il a rendu hommage aux victimes civiles et militaires : « La Nation malienne n’oubliera aucun sacrifice. »
L’AES, « une réponse sahélienne à des défis sahéliens »
Le Chef de l’État a également mis en avant la Confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES), présentée comme une réponse stratégique et endogène aux défis communs. « L’AES n’est pas juste un slogan. C’est une réponse sahélienne à des défis sahéliens », a-t-il martelé, soulignant la volonté de bâtir une sécurité collective fondée sur la solidarité et l’efficacité opérationnelle.
Dans un passage particulièrement offensif, le Président Goïta a dénoncé les campagnes de désinformation visant les pays de l’AES. Selon lui, « la désinformation, la manipulation, les campagnes de dénigrement et d’intimidation médiatique sont devenues des instruments de pression ».
Allant plus loin, il a qualifié ces pratiques de « forme de violence politique » et même « d’autre face du terrorisme », affirmant que la riposte malienne sera fondée sur « la cohésion nationale, la solidité de nos institutions » et « l’accès des citoyens à une information fiable ». « Nous ne céderons ni à la peur, ni à la confusion », a-t-il assuré.
Refondation et vision 2063
Au cœur du projet de Transition figure la refondation de l’État. « Refonder, c’est renforcer la justice, assainir la gouvernance, lutter contre la corruption et restaurer la confiance entre gouvernants et gouvernés », a rappelé le Président, inscrivant cette ambition dans la Vision « Mali Kura pɛtaasira ka ben san 2063 ma » et la Stratégie nationale pour l’Émergence et le Développement durable 2024-2033.
Dans cette dynamique, l’année 2026-2027 a été décrétée « Année de l’Éducation et de la Culture ». Une décision justifiée par la conviction que « la souveraineté ne perdure et ne se promeut sans citoyens bien formés ».
Souveraineté économique et ouverture sélective
Sur le plan économique, le Mali entend privilégier des « solutions endogènes », une meilleure valorisation des ressources nationales et une gouvernance transparente des secteurs stratégiques. Face aux tensions énergétiques et logistiques mondiales, l’accent est mis sur « la souveraineté énergétique » et la sécurisation des chaînes d’approvisionnement.
Le message aux partenaires économiques a été explicite : « Le Mali accueille les partenaires qui viennent bâtir, non ceux qui viennent dicter et diviser. »
Attaché aux principes de la Charte des Nations Unies et au respect de l’intégrité territoriale des États, le Chef de l’État a assuré que « le Mali ne ferme aucune porte », tout en précisant que les principes de sa coopération sont désormais « inscrits en lettres d’or dans sa Constitution ».
En conclusion, le Président de la Transition a invité le Corps diplomatique à « renforcer l’esprit de responsabilité partagée », estimant que le Sahel a besoin « de partenariats justes » et d’« une compréhension lucide des causes profondes de l’instabilité ».
Un discours qui, au-delà des formules protocolaires de Nouvel An, confirme la ligne politique de Bamako : souveraineté revendiquée, alliances redéfinies et refondation nationale assumée.
Cyril DAKPITI