L’Ordre national des médecins du Togo (ONMT) a présenté hier mardi 7 avril 2026 à Lomé, son tableau 2026, un document qui met en évidence les principales tendances de la démographie médicale dans le pays. Derrière les chiffres, le constat est préoccupant : le Togo compte 940 médecins inscrits au 1er avril 2026, avec une forte concentration dans les grands centres urbains, au détriment de plusieurs régions de l’intérieur.
L’un des faits les plus marquants concerne justement la répartition géographique des praticiens. Selon les données dévoilées, 865 médecins, soit près de 77 % des effectifs, exercent dans le Grand Lomé et la région Maritime. À l’inverse, des régions comme la Kara avec 68 médecins ou les Plateaux avec 63 praticiens restent nettement moins dotées. Les régions des Savanes et de la Centrale apparaissent elles aussi en difficulté, avec un accès aux soins encore limité pour de nombreuses populations.
Le rapport met également en lumière une évolution irrégulière du nombre de médecins ces dernières années. L’ONMT recensait plus de 500 médecins en 2021, puis 973 en 2022, avant une baisse à 850 en 2023. Les effectifs étaient remontés à 1 048 en 2025, avant de retomber à 940 en 2026. À cela s’ajoute une forte disparité selon le sexe et le statut professionnel : 78 % des médecins sont des hommes, contre 22 % de femmes. Le secteur public emploie 55 % des praticiens, contre 38 % dans le privé et 7,2 % dans le secteur mixte. Les civils représentent 93 % des effectifs, contre 6 % pour les militaires.
Autre signal d’alerte est le vieillissement du corps médical. La majorité des médecins togolais a aujourd’hui plus de 40 ans, ce qui fait craindre une vague importante de départs à la retraite dans les années à venir. Le rapport souligne aussi le manque de spécialistes, ainsi que certaines insuffisances dans la mise à jour des données administratives. Sur le plan international, la situation reste également fragile : le Togo affiche un ratio de 0,13 médecin pour 1 000 habitants, un niveau jugé très en dessous des références de l’Organisation mondiale de la santé.
Face à ces constats, le président de l’ONMT, Anthony Beketi Katanga, a plaidé pour des réponses rapides. Il a insisté sur la nécessité de former davantage de médecins, de renforcer les recrutements et surtout de favoriser leur installation dans les zones moins couvertes. Il a aussi appelé les autorités à améliorer l’accès effectif à l’assurance maladie universelle, notamment pour les populations les plus vulnérables.
Ce tableau 2026 a été dévoilé à l’occasion de la Journée mondiale de la santé, marquée également par un panel de réflexion sur la responsabilité médicale des apprenants et de leurs encadreurs.
Jeremy Ahossou