La classe politique togolaise est secouée par la disparition d’Abass Frédéric Essokowo Kaboua, président du Mouvement des républicains centristes (MRC), décédé le 8 avril 2026 à l’âge de 64 ans des suites d’une longue maladie. Figure connue du paysage politique, sa mort clôt un parcours longuement suivi par ses partisans comme par ses adversaires, tant pour son verbe parfois tranchant que pour ses prises de position souvent changeantes.
Né dans une famille ayant marqué l’administration togolaise, Abass Kaboua a entamé sa carrière dans la fonction publique avant de se tourner vers la politique. Diplômé en marchandisage en France, il a travaillé au cabinet du ministère de la Justice et dans l’administration pénitentiaire avant de fonder le MRC, un petit parti qu’il dirige depuis la décennie 2010. Engagé à l’origine du côté de l’opposition, il a activement participé à des regroupements tels que le Collectif « CAP 2010 », appelant à des réformes institutionnelles et à une alternance politique.
Son implication dans la vie politique togolaise a aussi été marquée par des épisodes judiciaires. En 2013, dans le contexte des enquêtes sur des incendies criminels ayant touché plusieurs marchés, Kaboua a été arrêté et détenu plusieurs mois avant d’être remis en liberté sous contrôle judiciaire, une période qu’il a qualifiée d’injustice et qui n’a pas érodé son activisme politique.
Progressivement, il a opéré un tournant stratégique en s’éloignant de l’opposition radicale. Après avoir été élu député représentant la préfecture de Danyi, il a développé une ligne politique moins hostile au pouvoir, participant aux discussions nationales et exprimant des positions favorables à l’instauration de la Cinquième République. Cette évolution lui a valu en 2025 une nomination comme sénateur par le président du Conseil des ministres, marquant ainsi son intégration accrue dans les institutions issues des réformes constitutionnelles récentes.
Tout au long de sa carrière, Abass Kaboua a suscité des réactions contrastées : apprécié par certains pour sa combativité et sa capacité à mobiliser sur des questions locales, notamment à Danyi, il a également été critiqué pour ses revirements politiques qui ont brouillé son image auprès de plusieurs acteurs de l’opposition. Au sein de l'opinion publique, son décès annoncé ce matin relance les débats sur l’avenir de sa formation politique au Togo.
Jeremy Ahossou