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Mali - L'ancien PM Choguel Maïga recadre le Président Macron sur le départ de la France du Mali

last updated: Tuesday, May 12, 2026 5:15 PM
Source: Nouvelle Afrique

Dr Choguel Kokalla Maiga, ancien Premier ministre

L’ancien Premier ministre malien, Choguel Kokalla Maïga, a vivement réagi aux déclarations du président français Emmanuel Macron, faites le 10 mai 2026 à Nairobi, au Kenya, lors du sommet Africa Forward Summit coorganisé par la France et le Kenya. Le chef de l’État français y avait estimé que le Mali n’avait pas pris « la meilleure décision » en demandant le départ de la France en 2021. Une sortie que l’ancien chef du gouvernement malien considère comme une tentative de « falsification des faits ».

Dans une longue mise au point publiée à Bamako ce 11 mai 2026, Choguel Kokalla Maïga affirme vouloir « rétablir la vérité » pour l’Histoire et empêcher, selon ses mots, « l’oblitération des faits ». L’ancien Premier ministre revient ainsi sur les événements ayant conduit à la rupture progressive entre Bamako et Paris après la Rectification de la Transition intervenue le 24 mai 2021.

Selon lui, Emmanuel Macron aurait d’abord accepté le pouvoir issu du changement du 18 août 2020, allant jusqu’à saluer publiquement les autorités de l’époque. « Le Gouvernement de Bah N’DAOU est en train de réussir, en trois mois, ce que Ibrahim Boubacar Keïta n’a pu faire en sept ans », rappelle-t-il, citant une déclaration du président français diffusée sur RFI en 2020.

Mais après la Rectification de la Transition, les relations se seraient rapidement détériorées. Choguel Maïga accuse Emmanuel Macron d’avoir voulu imposer au Mali ses choix institutionnels, notamment concernant le Président de la Transition et celui du CNT. « Ce que le Vice-président en exercice de la Transition d’alors avait catégoriquement rejeté », soutient-il.

Le retrait annoncé des forces françaises du Mali constitue, selon lui, le principal point de rupture. L’ancien Premier ministre affirme que Paris a pris cette décision « unilatéralement, sans préavis », après la nomination du Premier ministre de Transition sans consultation de la France. « Le Chef de l’État du Mali avait appris cette décision de Macron par les médias, comme un citoyen lambda », déplore-t-il, qualifiant l’attitude française de « maladroite » et « irrespectueuse ».

Le dossier du G5 Sahel est également évoqué. Choguel Maïga reproche à Emmanuel Macron de s’être opposé à la tenue d’une réunion statutaire de l’organisation au Mali, imposant, selon lui, sa volonté aux autres chefs d’État membres. Une situation qui aurait convaincu Bamako que le G5 Sahel était « dirigé par la France », poussant le Mali à se retirer de l’organisation.

L’ancien chef du gouvernement revient aussi sur la présence de la force européenne Takuba sur le territoire malien. Il affirme que cette force s’était installée « sans l’autorisation des autorités compétentes », avant que le Mali n’exige son départ. Il accuse également Paris d’avoir tenté d’empêcher Bamako de diversifier ses partenariats stratégiques, notamment avec la Russie.

« Emmanuel Macron voulait choisir pour le Mali avec quels partenaires stratégiques il devrait travailler à l’avenir », écrit-il, ajoutant que les autorités maliennes ont « catégoriquement rejeté » cette orientation. Il estime aujourd’hui que les Forces armées maliennes ont pu monter en puissance grâce aux nouveaux partenariats décidés « de façon autonome ».

Choguel Maïga rappelle également son intervention du 25 septembre 2021 à la tribune de l’ONU à New York, lorsqu’il avait déclaré que « la France nous a abandonnés en plein vol ». Une formule qu’il présente désormais comme « un euphémisme pour dire que la France nous a trahis ».

Dans sa déclaration, l’ancien Premier ministre évoque par ailleurs les événements de Gao, où des populations avaient investi le camp de Barkhane pour exiger le départ des militaires français. Il soutient également que le Mali a souverainement demandé le retrait de la MINUSMA après « dix ans de présence sans résultats tangibles ».

En conclusion, Choguel Kokalla Maïga estime que le Mali « avait pris la décision la plus opportune en s’affranchissant de la tutelle française ». Il accuse Emmanuel Macron de continuer à nourrir une rancœur contre Bamako et affirme que le Mali, tout comme les pays de l’AES, poursuivra sa trajectoire souverainiste malgré les difficultés actuelles.

« Le Mali a retrouvé sa souveraineté, son indépendance et sa dignité. Les vicissitudes actuelles ne changeront rien fondamentalement dans la trajectoire victorieuse finale du Mali et des pays de l’AES », conclut-il, avant de lancer : « Vive le Mali ! Vive l’AES ! ».

Cyril DAKPITI


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