La République togolaise a officiellement lancé, ce samedi dans sa capitale, sa nouvelle stratégie dédiée au Sahel, un cadre d’action présenté comme une réponse adaptée aux mutations sécuritaires et géopolitiques de la région. À cette occasion, plusieurs délégations africaines ont fait le déplacement, dont celle du Mali conduite par son ministre des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop.
Dès l’entame de son intervention, le chef de la diplomatie malienne a tenu à saluer « l’accueil chaleureux et l’hospitalité généreuse » du Togo, tout en transmettant les remerciements des autorités maliennes, notamment du Président de la Transition, Assimi Goïta. Il a également exprimé la reconnaissance de Bamako envers les autorités togolaises et leur engagement en faveur de la stabilité régionale, sous l’impulsion de Faure Gnassingbé.
Dans un discours aux accents à la fois diplomatiques et fermes, le ministre malien a exprimé son adhésion de principe à l’initiative togolaise : « Nous saluons cette initiative renouvelée […] en faveur de la paix et de la sécurité sous-régionales ». Il a particulièrement insisté sur l’approche inclusive adoptée par Lomé, soulignant qu’« on ne peut pas raser la tête de quelqu’un en son absence », pour illustrer la ضرورة d’associer les États sahéliens à toutes les étapes du processus.
Pour Bamako, la pertinence de cette stratégie repose sur une condition essentielle : le respect de la souveraineté des États et la prise en compte des réalités locales. « Les besoins des États et des peuples du Sahel […] doivent être au cœur de toute action », a martelé le ministre.
Dans une analyse plus large, Abdoulaye Diop est revenu sur les racines complexes de l’instabilité au Sahel. Il a notamment pointé « une succession d’évènements […] externes pour la plupart », citant explicitement intervention militaire en Libye de 2011 comme facteur aggravant.
Le ministre a appelé à une compréhension « holistique » de la crise, englobant non seulement les dimensions sécuritaires, mais aussi humanitaires, économiques, institutionnelles et géopolitiques. « Il faut comprendre les causes profondes du terrorisme pour mieux le combattre », a-t-il insisté.
Au cœur du discours, la mise en avant de la Confédération des États du Sahel, présentée comme une réponse structurée aux défis régionaux. Le ministre a rappelé que cette confédération, portée par des dirigeants tels que Ibrahim Traoré et Abdourahamane Tiani, repose sur un triptyque : défense et sécurité, diplomatie et développement.
« Les résultats tangibles enregistrés […] illustrent la pertinence des décisions prises », a-t-il affirmé, soulignant que l’organisation s’impose désormais comme « une réalité géopolitique incontournable ».
Question de la confiance
Toutefois, le chef de la diplomatie malienne a dressé un constat sans détour : la coopération sécuritaire régionale reste entravée par un déficit de confiance. Il a évoqué la nécessité pour certains États de « cesser le soutien à des groupes terroristes » ou encore d’éviter l’accueil de « forces étrangères hostiles ».
Dans ce contexte, il préconise une approche pragmatique, basée dans un premier temps sur des coopérations bilatérales : « On ne peut pas assurer la sécurité ensemble si nos pays ne se font pas confiance », a-t-il déclaré.
Dans une tonalité résolument souverainiste, Abdoulaye Diop a plaidé pour la mise en place de mécanismes sécuritaires « endogènes », financés et pilotés par les Africains eux-mêmes. Il a également appelé les partenaires internationaux à revoir leur posture.
« Travailler avec le Sahel et non sur le Sahel », a-t-il insisté, dénonçant les approches jugées paternalistes. Selon lui, les interventions extérieures doivent « soutenir l’action gouvernementale » plutôt que de s’y substituer.
Dans une formule marquante, il a affirmé : « Les populations qui vivent les défis du Sahel ont le PhD de leurs défis », appelant à davantage d’écoute et d’humilité.
Un appel à la cohérence stratégique
En conclusion, le ministre malien a insisté sur la ضرورة d’une meilleure coordination entre les multiples stratégies existantes pour le Sahel. « Il faut éviter la fragmentation des approches », a-t-il averti, plaidant pour un alignement sur les priorités des États concernés.
Enfin, dans une note empreinte de réalisme, il a rappelé l’interdépendance des pays ouest-africains : « Nos destins […] sont liés, nous sommes condamnés à vivre ensemble dans le même espace que nous appelons Afrique de l’Ouest ».
À Lomé, le lancement de la stratégie togolaise apparaît ainsi comme une nouvelle tentative de réponse régionale à une crise multidimensionnelle, mais dont le succès dépendra largement de la capacité des acteurs à conjuguer souveraineté, coopération et confiance.
Cyril DAKPITI