Crime & Justice


Mali - Affaire « Paramount » devant la Chambre criminelle de la Cour d’appel de Bamako : La remet en cause l'acte d'accusation

last updated: Tuesday, January 6, 2026 3:46 PM
Source: New Afrique

Cour d'appel de Bamako

Après l’audition de quelques inculpés, le procès de l’affaire dite « Paramount » devant la Chambre criminelle de la Cour d’appel de Bamako, est très mal parti. Et pour cause, entre dénonciations du fond et démontage total du rapport à l’origine de cette affaire, on se demande comment la Justice va s’en sortir ?

 

La comparution de l’ancien ministre de l’Économie et des Finances et ancien de la Défense et des Anciens combattants, Tiéna Coulibaly, très respecté au Mali pour sa grande compétence, a porté un sérieux coup au dossier monté à la hâte et ne respectant aucune règle à la matière au Mali.

Entendu durant deux journées consécutives, l’ancien ministre, signataire de l’avenant au cœur des poursuites, a minutieusement démonté l’acte d’accusation en soulignant les failles du rapport à l’origine de la poursuite.

En effet, lors de sa première audition, ses explications se sont articulées autour de la légalité du contrat, du contexte sécuritaire de l’époque et du rejet formel des pertes financières alléguées par l’accusation.

Interrogé à nouveau par le tribunal, l’ancien ministre des Finances, Tiéna Coulibaly, a catégoriquement rejeté toute implication dans des faits répréhensibles.

Il a notamment remis en cause « la crédibilité du rapport transmis par la Présidence », qu’il qualifie de « faux » car n’ayant jamais été soumis aux personnes concernées alors que tous les rapports au Mali sont soumis aux personnes citées avant publication.

« Nous n’avons jamais volé 11 milliards de FCFA à l’État », a-t-il martelé à la barre.

Et d’ajouter : « C’est un rapport produit par des personnes qui ne sont pas qualifiées en la matière », mettant ainsi en cause « le niveau de compétence, voire le niveau intellectuel, des auteurs dudit document ».

L’ancien ministre a également affirmé « n’avoir joué aucun rôle illégal dans la gestion ou la validation du marché incriminé ».

Il soutient : « Tout a été fait conformément à la loi et l’État malien n’a perdu aucun franc ».

Aussi, a-t-il rejeté : « en bloc les accusations portées contre lui ».

Pour rappel, avant même l’ouverture de ce procès, des sources crédibles proches du dossier avaient indiqué que la procédure de passation du marché « s’est déroulée conformément aux règles en vigueur ».

À ce jour, les Forces armées maliennes n’auraient reçu que 8 véhicules blindés Marauder sur les 36 initialement commandés. Une situation qui serait due au non-paiement du restant de l’argent.

La partie sud-africaine a saisi le gouvernement de la transition pour lui expliquer tout le contour du dossier. Donc, il n’y a pas de détournement ni de préjudice pour l'État malien.

« Sur les 11 milliards de FCFA, il a été dit que les 8 milliards ont été justifiés. S'agissant du reste de 3 milliards de FCFA, Paramount avait écrit à l'Etat malien pour lui dire qu'il a cette somme avec lui », a souligné à la Cour, l'ancien directeur administratif et financier (DAF) du ministère de la Défense et des Anciens Combattants d'alors, le Colonel-major Abdoul Wahab Touré.

« Le contrat, c'est la loi des parties », a-t-il rappelé. L'ancien directeur administratif et financier du ministère en charge de la Défense dira que ce contrat déroge aux règles des marchés publics, ajoutant qu'il a été signé sous le sceau du secret défense. Abdoul Wahab Touré a signalé que pour tous les contrats d'armement auxquels il a assisté de 2000 à 2017, les livraisons ont été faites après le paiement par l'État malien.

« Aucun vendeur d'armements n'acceptera de livrer avant le paiement », a-t-il expliqué.

Ainsi, la défense veut savoir où se trouve les 11 milliards de FCFA qu'on leur reproche d'avoir détournés ?

« Comment ont-ils détourné quelque chose qui est déjà justifié ? », s'est interrogé Me Ladji Touré, un des avocats de la défense.

Les comparus sont aussi étonnés par la présence de certaines personnes dans le dossier comme l’ancien directeur général de la BMS-SA, alors que la banque n’est même pas partie prenante du dossier. Comme la Banque nationale, l’argent ne fait que transiter par ses comptes.

En tout cas, face aux irrégularités dénoncées, aux montages et surtout les accusations démontées par les accusations de la Défense et les accusés, la Chambre criminelle de la Cour d’appel a accepté la comparution de l’auteur du fameux rapport. Il s’agit de Bintou Camara, ancienne ministre de l'Énergie et de l'Eau. Elle était conseillère spéciale à la Présidence au moment des faits.

Amadou Traoré 


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