Crime & Justice


Mali - Procès "Tentative de coup d’État de 2021" : Le Parquet requiert 20 ans de prison, la défense dénonce un dossier “vide”

last updated: Wednesday, July 22, 2026 12:35 PM
Source: New Afrique

Image d'illustration

Le procès devant la Chambre criminelle de la Cour suprême du colonel-major Kassoum Goïta, l'adjudant-chef Abdoulaye Ballo, l’inspecteur de Police Moustapha Diakité, Sandi Ahmed Saloum, Issa Samaké dit ‘’Djoss’’ et le Dr Kalilou Doumbia poursuivis, depuis 2021, pour « complot contre les autorités de la transition » et « association de malfaiteurs » a connu, hier mardi 21 juillet 2026, une étape décisive avec les réquisitions du ministère public et les plaidoiries de la défense. Si le Parquet a requis 20 ans de prison contre les accusés, quant aux avocats, ils ont dénoncé un dossier « vide, fondé sur des suppositions plutôt que sur des preuves », et plaidé pour l’acquittement de l’ensemble des prévenus.

 

Après plusieurs jours d’audiences consacrés à l’examen des faits et à l’audition des témoins, le procès « Tentative de coup d’Etat » contre les autorités de la transition de 2021 est entré dans sa phase décisive. Pour cause, le ministère public et les avocats de la défense ont livré deux lectures radicalement opposées d’un dossier qui tient en haleine l’opinion publique.

Pour le Procureur, Kokè Coulibaly, « les débats ont permis de démontrer qu’un projet de déstabilisation des autorités existait bel et bien ».

Et de soutenir : « Les accusés ont entretenu des contacts répétés, recherché des moyens de financement, sollicité des relais au sein de l’administration et consulté des féticheurs afin de favoriser la réussite de leur entreprise. Autant d’éléments qui traduisent l’existence d’un complot et d’une association de malfaiteurs ».

Toutefois, le représentant du ministère public a estimé « le dossier ne permettait pas de retenir la responsabilité du Commissaire de police Moustapha Diakité ».

Il déclare : « Rien ne prouve que ce dernier ait participé à la préparation ou à l’exécution du projet reproché aux autres accusés. Son seul lien avec l’affaire serait son amitié avec Sandy. Par conséquent, le parquet sollicite son acquittement ».

Par contre, le Procureur Kokè Coulibaly requiert contre : « Kassoum Goïta, Abdoulaye Ballo, Issa Samaké dit Djoss, Sandy, Kalilou Doumbia et autres prévenus à répondre des infractions de complot contre les autorités constituées et d’association de malfaiteurs, prévues par les articles 46 et 175 du Code pénal ».

De même, le ministère public a tenu également à replacer cette affaire dans un contexte plus large, rappelant les conséquences des crises politiques ayant marqué le Mali depuis plusieurs décennies.

« Les événements de 1968, 1991, 2012 et 2020, et les tentatives répétées de prise du pouvoir par la force ont durablement fragilisé les institutions nationales. Seule une réponse pénale ferme permettra de prévenir de nouvelles velléités de déstabilisation », martèle le Procureur Coulibaly.

Au terme de son réquisitoire, il a demandé à la Cour « de condamner les principaux accusés à 20 ans de réclusion, soit la peine maximale prévue, tout en prononçant l’acquittement du commissaire de police Moustapha Diakité ».

Prenant la parole, les avocats de la défense ont livré une contre-offensive méthodique.

Plaidant pour Kalilou Doumbia, Me Lassana Diakité a déclaré : « Mon client est davantage une victime qu’un conspirateur ».

Et de révéler : « Après les événements du 24 mai 2021, Kalilou Doumbia, pour des raisons de sécurité, s’est réfugié à l’Ambassade d’Alger. À son retour à son domicile, il aurait reçu pour consigne non seulement de se faire discret, mais également couper tout lien avec les anciens responsables de la Transition ».

 

Aussi, dénonce l’avocat : « Mon client a été contraint de collaborer avec les services de sécurité comme informateur. Après avoir refusé de poursuivre cette collaboration, il a été enlevé, détenu au secret pendant près de 2 mois, soumis à des actes de tortures puis présenté devant la justice sur la base d’un procès-verbal que nous estimons irrégulier ».

Sur le fond, Me Lassana « conteste l’existence même d’un complot ».

Et de faire savoir : « L’accusation repose essentiellement sur les déclarations contradictoires d’un témoin dont la crédibilité est fortement discutée ».

Dans la foulée, il a également rappelé : « plusieurs témoins entendus à la barre ont affirmé n’avoir jamais été auditionnés au cours de l’enquête, ce qui fragilise davantage le dossier ».

Par ailleurs, dénonce l’avocat : « rencontrer un ex-collaborateur ou consulter un féticheur ne saurait constituer une preuve de préparation d’un coup d’État. En Droit pénal, le complot suppose une entente clairement établie entre plusieurs personnes, ce qui n’a jamais été démontré au cours des débats ».

Au nom de l’ensemble de la défense, un autre Avocat renchérit : « Aucune preuve matérielle n’établit l’existence d’un plan, d’une organisation ou d’une répartition des rôles permettant de caractériser une tentative de coup d’État ».

Et de condamner : « de nombreuses irrégularités procédurales, des enlèvements, des détentions au secret, des actes de tortures et le rejet de plusieurs demandes d’expertise médicale formulées par la défense ».

Pour lui, « ce procès dépasse désormais le seul cas des accusés et constitue une véritable épreuve pour la justice malienne ».

Par conséquent, il invite « la Cour à rendre une décision exclusivement fondée sur les preuves produites à l’audience, car les simples relations entre anciens collaborateurs ne peuvent suffire à établir une entente criminelle ».

Enfin, la défense plaide pour « l’acquittement de colonel major Kassoum Goïta, Dr Kalilou Doumbia, l’Adjudant-chef Abdoulaye Ballo, Sandy Ahmed Saloum et des autres coaccusés, parce que le dossier ne contient aucun élément probant justifiant une condamnation ».

À l’issue de cette journée de réquisitions et de plaidoiries, le président de la Cour a suspendu l’audience pour aujourd’hui mercredi 22 juillet 2026.

Les regards sont désormais tournés vers la Cour dont le verdict est très attendu.

Amadou Traoré 


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