L’heure est grave. La situation sociopolitique du Sahel continue de se dégrader gravement à la faveur d’une conjugaison de crises multiformes. Le récent coup d’Etat au Niger est venu se greffer à une crise sécuritaire lancinante avec ses conséquences désastreuses. Et depuis cet évènement, la situation s’empire de jour en jour au Niger, un Etat frère, un Etat où réside une frange importante de la Communauté malienne, un Etat ami, Patrie des hommes épris de paix, de dialogue, de solidarité, de culture, et de justice.
Le Sahel vit une crise sans précédent depuis quelques décennies. Ces évènements de par leurs dimensions et leur sensibilité ont constitué un tournant dans la crise que nous vivons. Cette situation nous interpelle individuellement et collégialement, parce qu’il s’agit de notre bien le plus cher, l’espace pour lequel les sacrifices les plus ultimes ont été consentis, un bien incessible, inviolable et irremplaçable que nous devons laisser avec soin aux prochaines générations comme nous l’avons nous-mêmes hérité des générations précédentes.
C’est avec stupeur, émotion, indignation, et désolation que nous avions appris la triste nouvelle d’une probable intervention militaire de la CEDEAO au Niger après le récent coup d’Etat. Et curieusement, face aux conséquences dramatiques d’une guerre fratricide, un pays dit « civilisé » comme la France dans un acharnement exacerbé se présente comme le soutien à l’appui logistique en faveur d’une intervention militaire contre le Niger.
La stratégie est claire. Cette intervention militaire par procuration est sortie de son cadre avec le soutien affiché de la France en logistique. Ce qui suppose que derrière cette intervention militaire commanditée se cache des véritables enjeux géostratégiques.
A cet effet, nous en citerons, entre autres : la dislocation du Sahel à travers l’instauration d’un climat d’insécurité permanente avec des arsenaux de guerres inimaginables occidentaux pour tout simplement la quête des intérêts stratégiques néo-coloniaux et capitalistes. Ces forces d’occupation sous couverture de la CEDEAO vont semer la terreur afin de maintenir le Niger dans l’éternel recommencement de l’histoire. Cela permettra à l’ex puissance coloniale de réduire l’influence des puissances émergentes comme la Chine, la Russie, le Brésil, l’Inde, la Turquie et d’autres dans le commerce au sein de l’espace sous régional. Cet état de fait démontre à quel point le Sahel est dangereusement menacé.
A cet effet, depuis la crise libyenne, les puissances occidentales à la recherche des canaux les plus propices pour combler leur déficit économique, font de la permanence de la guerre et du terrorisme un instrument privilégié des relations internationale sous la couverture et la manipulation des idéaux de la liberté, de l’État de Droit, et de la démocratie.
Les dirigeants de la CEDEAO auront une grande responsabilité devant l’histoire en cautionnant une telle gifle à tous les panafricanistes, un tel affront au Sahel.
Et qu’ils sachent désormais que le grand perdant dans cet interminable bras autour du rétablissement de l’ancien président Bazoum dans ses fonctions, n’est ni le Niger, ni la CEDEAO, encore moins les Nations-Unies, mais la Nation africaine toute entière.
Les Sociétés civiles sahéliennes attachées au dialogue, au compromis, à la justice, à la solidarité, à l’unité nationale et à l’intégrité des territoires, se trouvent en ce moment désorientées et plutôt préoccupées par comment agir pour mettre fin à une probable intervention guerrière de la CEDEAO contre le Niger.
Cette intervention militaire CEDEAO provoquera un sentiment panafricaniste des populations sahéliennes pour plusieurs raisons.
D’abord, la non-prise en compte par la CEDEAO de la situation réelle des pays de la sous-région. Une population du Sahel frappée par une crise institutionnelle, sécuritaire, sociale et morale profonde, mais aussi un Sahel face à l’effritement de son intégrité territoriale, et de son unité nationale, à la recrudescence de la violence suivie de mort d’hommes, aux enlèvements d’individus, à la baisse accrue des pouvoirs d’achat et le renchérissement des prix des denrées de première nécessité, et à la récurrence des coups d’Etat. Dans une telle situation déplorable, la sous-région du Sahel aspire à bien d’autres perspectives de sortie de crise de la part de la CEDEAO qu’une intervention militaire, une guerre fratricide commanditée par des ennemis du développement du Sahel.
Ensuite, la guerre désacralise et expose davantage la vie humaine. Dieu a prescrit à l’homme la préservation de droits essentiels et sacrés : la préservation de la vie ; la préservation de la foi ; la préservation de l’esprit ; la préservation des biens ; la préservation de l’honneur et de la dignité.
La préservation de ces droits sacrés, principalement la vie sur laquelle reposent tous les autres droits, constitue la véritable justice. C’est donc que la vie humaine est sacrée, qu’elle est inviolable. Porter atteinte à cette vie à travers une guerre d’hégémonie avec le soutien et l’appui en logistique d’un pays ex-colonisateur ne se justifie pas. Quelles sont donc les motivations réelles de la CEDEAO en foulant de pieds tous les principes pour affamer un de ses membres, saboter son économie ? L’intégration et le développement vont-ils de pair avec l’embargo, la fermeture des frontières ?
Enfin, la CEDEAO en se substituant au peuple nigérien « la CEDEAO n’accepte aucune transition prolongée dans la région » pour décider de la durée de la Transition viole la souveraineté du Niger : pays indépendant.
Le devoir de mémoire nous oblige à rappeler tous les acteurs politiques et de la société civile à cet adage malien : « tout incendie est provoqué par une étincelle, un petit feu ».
Face à une perspective de pression aussi sombre, il y’a lieu de s’engager dans la défense et la promotion des valeurs véritablement humanistes et normatives, qui sont et demeurent celles de la société civile malienne fondée sur la justice, la solidarité, l’équité, l’unité, le dialogue, la tolérance, l’humilité, et le respect mutuel.
La guerre n’a jamais été une solution définitive d’un conflit. Les conséquences tragiques d’une intervention militaire maintenant connues, le seul remède réside dans la conjugaison des efforts de tout un chacun.
Notre position contre les velléités de riposte guerrières prônée par certains pays nous rappelle la sagesse, l’humilité et l’humanisme de la Reine de Saba « Balkhisse » dans la sourate : les Fourmis du verset 33 au verset 35, lorsque ses Généraux l’avaient assuré de la victoire contre les troupes du Roi Salomon. La sagesse, l’humilité, et l’humanisme de la Reine de Saba « Balkhisse » ont permis de monnayer la guerre ouverte, et l’affrontement armé contre l’entente et la paix avec l’armée du Roi Salomon.
Au regard des motivations manipulées et de l’ampleur de l’évènement, le Collectif des Associations Musulmanes du Mali, soucieux du bien-être des citoyens du Sahel, conscient de l’impérieuse nécessité de préserver la paix et la sérénité, déterminé à jouer pleinement son rôle en toutes circonstances, convaincu que le dialogue, l’écoute, et le compromis sont la seule voie qui sied pour une sortie de crise.
Exprime sa vive préoccupation face cette situation gravissime et qui constitue aujourd’hui une menace inquiétante d’une probable dislocation de notre sous-région, et porte en elle, tous les germes de la dégradation et de l’embrasement de l’espace sahélienne.
Lance un appel pressant à toutes les forces vives de la nation à s’investir au dialogue et à la paix tout en les interpellant à s’investir à établir l’entente entre les protagonistes.
Le Collectif des Associations Musulmanes du Mali, profondément choqué par une déclaration de guerre à l’allure barbare, criminelle et disproportionnée contre le Niger, perpétrées par certains états de la CEDEAO à la solde des impérialistes, exige l’implication et l’engagement de négociation équitable sous l’égide de la Société civile africaine.
Le Collectif des Associations Musulmanes du Mali félicite le peuple nigérien pour la non-violence. Car, mesurant tout le risque que cet événement représente aujourd’hui, vu sa charge émotionnelle, et constatant qu’aucun incident majeur comme la destruction de biens publics, ou la mort d’hommes n’ont été enregistrés, il importe de saluer ici le civisme du peuple nigérien et le professionnalisme des forces armées et de sécurité dans la gestion de cet évènement.
Le Collectif des Associations Musulmanes du Mali exprime sa solidarité et rassure le peuple nigérien qu’il sera toujours au côté du peuple frère, debout pour la sauvegarde de son droit à vivre en paix et dans la dignité.
Le Collectif des Associations Musulmanes du Mali condamne fermement le soutien affiché de la France pour appuyer une intervention militaire entre frères africains d’une part, et sa volonté d’humilier permanemment des millions d’hommes et de femmes du Niger d’autre part. Nous exigeons de la Communauté internationale, que cet acte de la France soit désormais qualifier de crime de guerre et de génocide.
Le Collectif des Associations Musulmanes du Mali fustige la politique de « deux poids deux mesures » de la Communauté Internationale, d’habitude prompts à réagir et à sanctionner pour un fallacieux prétexte d’un troisième mandat quand il s’agit de certains pays de l’espace sahélienne, mais qui se tait piteusement et reste sourd et aveugle devant le pire dans d’autres régions de l’Afrique dont certains Présidents ou familles dynastiques sont à trente, quarante ou plus de soixante ans de pouvoir, foulant aux pieds, tous les jours, les principes sacro-saints de la démocratie.
Le Collectif des Associations Musulmanes du Mali invite toute la Société civile sahélienne à une mission de sensibilisation, jusqu’à ce que les parties belligérantes se retrouvent ensemble autour d’une table pour décider le Sahel de leur rêve, le Sahel de leur souci commun, bref le Sahel du futur car c’est bien de cela qu’il s’agit. Et cela est bien possible.
Le Collectif des Associations Musulmanes du Mali lance un appel pressant à l’ensemble des peuples africains pour se tenir toujours mobilisés aux côtés du peuple nigérien martyr, pour son émancipation totale.
Le Collectif des Associations Musulmanes du Mali invite tous les panafricanistes à se mobiliser et de s’unir contre une éventuelle intervention militaire au Niger, et réclame aux différents segments de la Société civile du Mali d’organiser à travers des mécanismes d’alerte et d’anticipation des actions de sensibilisation allant dans ce sens ; pour un Sahel fondée sur des valeurs véritablement humanistes et conformes à nos traditions séculaires ; pour l’unité africaine et son intégrité territoriale assurée par une armée forte, adhérons aux différentes manifestations d’appel au dialogue, au consensus, au compromis, à l’humilité, à la voix diplomatique d’une part, et la condamnation de la guerre et tout autre formes de violence contre le peuple nigérien.
Enfin, priant pour un Niger affranchi du joug de l’injustice et de la barbarie internationale, le Collectif des Associations Musulmanes du Mali rassure le peuple frère du Niger de son soutien total et inconditionnel ; et en appelle à la conscience de tous les hommes et femmes épris de paix et de justice.
Vive la résistance à l’oppression et à la barbarie !
Vive la solidarité entre les Peuples !
Qu’Allah le Tout le Puissant inspire tous les acteurs de la paix pour un aboutissement heureux et satisfaisant du reste de la négociation pour un Niger libre et affranchi de toute pression de domination. Amen !
Mohamed KIMBIRI Président COLLECTIF