La récente tribune de Christian Trimua continue de susciter de nombreuses réactions dans les milieux politiques togolais. Intitulé « Le césarisme dans le régime parlementaire togolais », ce texte prend la forme d’une réflexion juridique et politique sur les nouvelles institutions mises en place après la Constitution de mai 2024.
Dans son analyse, l’ancien ministre et ex-secrétaire général du gouvernement s’intéresse particulièrement aux rapports entre le Président du Conseil et le Président de la République. Selon lui, la nouvelle architecture institutionnelle crée un déséquilibre important au profit du Président du Conseil, qui disposerait d’une influence politique et judiciaire considérable sur le chef de l’État.
Christian Trimua affirme notamment que le dispositif constitutionnel actuel permet au Président du Conseil d’exercer une forme de contrôle durable sur le Président de la République. Dans un passage largement relayé, il écrit que « le Président du Conseil dispose ainsi sur la tête du chef de l’État d’une emprise à double détente politique d’abord, pénale ensuite ».
L’auteur explique également que la procédure de destitution du Président de la République entraîne la perte de son immunité pénale. Une fois cette protection levée, le chef de l’État pourrait faire l’objet de poursuites judiciaires ordinaires, dans un mécanisme où le Président du Conseil conserverait une influence importante à travers l’initiative parlementaire et l’action du garde des Sceaux.
Christian Trimua évoque aussi l’article 45 de la Constitution, qui prévoit une irresponsabilité pénale temporaire du Président durant son mandat, accompagnée d’une suspension des délais de prescription. Selon son interprétation, cette disposition maintient une pression juridique permanente sur le chef de l’État, même après son éventuelle destitution, créant ce qu’il qualifie d’« épée de Damoclès » institutionnelle.
Au sein de l’Union pour la République (UNIR) le parti au pouvoir, plusieurs responsables relativisent toutefois la polémique née autour de cette publication. Certains estiment qu’il s’agit avant tout d’une contribution académique destinée à alimenter le débat sur les institutions et non d’une prise de position politique contre le fonctionnement actuel du pouvoir. D’autres dénoncent au contraire des interprétations excessives autour du texte, amplifiées sur les réseaux sociaux et dans les débats publics.
Figure connue de la scène politique togolaise, Christian Trimua a occupé plusieurs fonctions au sein de l’appareil d’État, notamment celles de ministre des Droits de l’Homme, porte-parole du gouvernement et secrétaire général du gouvernement. Même s’il ne fait plus partie du gouvernement aujourd’hui, ses analyses continuent de retenir l’attention en raison de son parcours dans les domaines du droit, des institutions et de la gouvernance politique.
Jeremy Ahossou