Ce mercredi 22 juillet 2026, l’Assemblée nationale accueillait la rencontre « France–Mali : jeunesses, diasporas, entrepreneuriat ». Invité par le député Vincent Ledoux, Président du groupe d'amitié France–Mali, le Dr Tiefing Sissoko a livré un plaidoyer vibrant pour le maintien des liens humains, académiques et culturels, en dépit du gel des relations diplomatiques.
Dans les salons du Palais Bourbon, l’atmosphère avait un goût d'urgence sereine. Alors que les canaux officiels entre Paris et Bamako traversent l'une des zones de turbulences les plus sévères de leur histoire contemporaine, une voix est venue rappeler à la représentation nationale que le fil des relations franco-maliennes ne se résumait pas aux seuls arbitrages des chancelleries.
Intervenant à l’invitation du député Vincent Ledoux, le Dr Tiefing Sissoko, universitaire, chercheur et entrepreneur reliant les deux rives, a dressé le constat d'une relation à la fois éprouvée et résiliente.
« Les États se fâchent, se taisent, parfois se tournent le dos. Mais on ne coupe pas les racines d'un arbre parce qu'on est en colère contre le vent », a-t-il déclaré d'emblée, fixant le cap d'une neutralité engagée et lucide.
« Pont » de la société civile
Incarnant lui-même cette double appartenance, formé dans les universités françaises où il enseigne aujourd'hui, tout en consacrant ses travaux de recherche et ses engagements sur le terrain au Mali, le chercheur s'est défini comme un passeur, s'inscrivant dans la filiation intellectuelle d'Amadou Hampâté Bâ.
Loin des postures théoriques, le Dr Sissoko a appuyé son propos sur des réalisations concrètes menées directement sur le terrain malien. Malgré le contexte politique tendu, les initiatives portées par ses structures à savoir : Les Petits Stylos, l'Espace culturel Ürgol Café et HERAS, ont permis de former et d'accompagner gratuitement plus de 20 000 jeunes depuis 2022. Ces actions, soutenues en partie par des bailleurs internationaux et l'Ambassade de France au Mali, démontrent que la coopération décentralisée et la solidarité de terrain n'ont jamais cessé. Ce constat a été partagé par le député Vincent Ledoux, qui avait déjà tenu à saluer dans l'hémicycle la vitalité de cette diaspora et de ces acteurs de la société civile.
Trois exigences pour l'avenir
Refusant le fatalisme de l'isolement comme les illusions du statu quo, le Dr Tiefing Sissoko a formulé trois recommandations majeures à l'attention des décideurs des deux pays. Il prône d'abord la préservation impérative de la mobilité académique pour que les universités restent ouvertes à la jeunesse malienne. Il appelle ensuite à une reconnaissance culturelle d'égal à égal, basée sur le respect mutuel. Enfin, il plaide pour un investissement ciblé dans l'entrepreneuriat afin de sortir des schémas de dépendance et de bâtir des partenariats économiques équitables.
En conclusion de son intervention, le chercheur a appelé la France à ne pas confondre un différend avec un gouvernement et une rupture avec un peuple, tout en invitant le Mali à construire sa légitime dignité dans des partenariats choisis plutôt que dans le repli. Une métaphore finale, empruntée au baobab figurant sur l'affiche de l'événement, est venue résumer l'esprit du rassemblement : si la tempête politique peut en dépouiller les branches, les racines humaines entre les deux nations restent profondément ancrées.
Cyril DAKPITI