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Ghana - Au Ghana, la crainte du scénario malien après le lancement d'un audit dans les mines d’or

last updated: Tuesday, November 4, 2025 7:16 PM
Source: New Afrique

Image d'illustration

Dans une sous-région marquée par la montée du nationalisme des ressources au Mali, au Niger ou encore au Burkina Faso, le Ghana est l’une des juridictions minières reconnues pour la stabilité de leur cadre fiscal. Ce climat des affaires attractif est désormais à l’épreuve d’un audit des mines d’or.

Premier producteur africain d’or, le Ghana vient de lancer un audit de ses mines dans le but avoué « de confirmer l’exactitude des versements de redevances et d’impôts, et de renforcer la transparence dans le secteur minier ». Si aucune compagnie minière opérant dans le pays n’a encore publiquement réagi, l’initiative rappelle le précédent malien, où un audit des mines a conduit le gouvernement à réclamer aux producteurs d’or un important manque à gagner.

Dans une lettre adressée le 13 octobre à la Chambre des Mines par le régulateur minier, la Minerals Commission, les compagnies avaient jusqu’au vendredi 31 octobre dernier pour soumettre une première série de documents électroniques. Il s’agit des journaux de production couvrant les dix dernières années, des manifestes de stock et d’expédition, des contrats d’achat, ainsi que des états financiers et registres de paiements fiscaux et de redevances des trente-six derniers mois.

L’audit comprend à la fois un examen physique, portant sur les volumes extraits, les stocks, la conformité environnementale et les documents de transport, et un audit financier, consacré à la vérification des registres comptables, des paiements de taxes et des exportations. L’opération est censée avoir démarré le 1er novembre, avec la mine d’or Damang (exploitée par le sud-africain Gold Fields) comme premier site inspecté, et doit s’achever en juin 2026. Elle concernera 19 mines au total, dont 17 produisant de l’or, y compris les mines d’AngloGold Ashanti, Zijin Mining ou Perseus Mining.

Des inquiétudes pour le climat des affaires ?

L’information relative à cet audit, d’abord révélée par Reuters le 30 octobre, a pu être confirmée par l’Agence Ecofin qui a consulté la lettre officielle adressée aux compagnies minières. Si le régulateur assure que les audits seront menés « dans le respect des lois applicables », l’opération semble susciter déjà une certaine nervosité dans l’industrie.

Lors de l’inauguration de la mine d’or Ahafo North la semaine dernière, le PDG de Newmont Corp (premier producteur mondial d’or et propriétaire de la plus grande mine ghanéenne d’or) a ainsi souligné l’importance de la stabilité pour attirer les investissements miniers.

« Nous sommes ici depuis 30 ans. Je pense que Newmont sera encore là pendant au moins 30 ans […]. Il est important que nous disposions d’un régime équitable et transparent [...] Sinon, les capitaux iront ailleurs », a indiqué le dirigeant dans une interview accordée à Reuters, sans toutefois mentionner l’audit annoncé par les autorités.

Un audit similaire lancé en 2022 par le Mali avait révélé un manque à gagner de 300 à 600 milliards FCFA (527 millions USD à 1,05 milliard USD) pour l’État. Bamako a initié dans la foulée une réforme du code minier renforçant la participation nationale dans le secteur minier. En parallèle, le gouvernement a réclamé et obtenu des centaines de millions de dollars auprès des producteurs d’or épinglés par l’audit. Refusant de se soumettre à ces modifications, le canadien Barrick Mining a même perdu en 2025 le contrôle opérationnel de sa mine d’or Loulo-Gounkoto, la plus grande du pays. L’actif est désormais au cœur d’un litige devant le CIRDI.

Avant le Mali et le Ghana, la Tanzanie s’est engagée dans la même démarche. En 2017, le président de l’époque John Magufuli avait ordonné un audit qui, selon les autorités, a révélé plusieurs cas d’évasion fiscale et de fraude qui ont fait perdre des milliards de dollars à la Tanzanie sur les deux décennies précédentes. L’opération ghanéenne intervient dans un contexte de montée du nationalisme des ressources en Afrique de l’Ouest. Alors que le cours de l’or atteint des sommets historiques, les gouvernements cherchent à accroître leurs recettes et à rééquilibrer le partage de la rente minière.

Source: AgenceEcofin 


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