Soixante-cinq ans après la conférence historique de 1961, la capitale serbe a retrouvé les accents du souverainisme et du tiers-mondisme. Ce 1er septembre 2026, au cœur de cette tribune symbolique marquant l'anniversaire du Mouvement des non-alignés (MNA), le ministre malien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Son Excellence Abdoulaye Diop, a livré un plaidoyer vif et incisif, articulé autour de l'autonomie stratégique et des luttes géopolitiques contemporaines.
Devant un parterre de chefs d'État, de gouvernement et de délégations — accueillis par le président serbe Aleksandar Vucic et la vice-présidente ougandaise Jessica Alupo —, le chef de la diplomatie malienne s'est attaché à faire le pont entre l'héritage d'hier et les batailles d'aujourd'hui.
Porteur du message du président de la Transition, le Général d'Armée Assimi Goïta, Abdoulaye Diop a rappelé le rôle fondateur du Mali en 1961 sous l'égide du président Modibo Keïta aux côtés de Josip Broz « Tito ».
Le ministre a dépoussiéré la doctrine de la neutralité active : « Le Président Modibo Keïta a consacré la nuance entre le non-engagement et le non-alignement », a-t-il souligné, précisant que le non-alignement n'a jamais été de la passivité, mais le refus catégorique des pays du Sud de se définir par rapport à un bloc ou à une puissance tutélaire. Une philosophie que Bamako juge plus vitale que jamais à l'heure des guerres informationnelles et des tentatives de déstabilisation contemporaines.
Libye, sanctions et « deux poids, deux mesures »
Sans détour, le ministre malien a pointé du doigt les dérives des interventions extérieures, citant directement l'opération de l'OTAN en Libye en 2011 comme l'élément déclencheur de l'instabilité profonde qui ravage le Sahel depuis plus d'une décennie.
Dénonçant la « politisation des droits de l'homme », l'application d'une politique du « deux poids, deux mesures » et le recours aux sanctions coercitives unilatérales, Abdoulaye Diop a appelé à une révision objective des rapports Nord-Sud. Pour Bamako, l'équilibre mondial passe par un renforcement de la représentation des nations africaines, asiatiques et latino-américaines au sein d'un multilatéralisme rénové.
Le point d'orgue de l'intervention est venu avec la présentation de la Confédération des États du Sahel (AES), regroupant le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Abdoulaye Diop a dépeint cette jeune alliance régionale non pas comme une rupture, mais comme la suite logique des combats menés en 1961 : une réponse souveraine face au terrorisme, à la criminalité organisée et aux volontés d'hégémonie extérieure.
En sollicitant l'accompagnement et la solidarité des pays membres du MNA envers la Confédération AES, le chef de la diplomatie malienne entend inscrire l'initiative sahélienne dans la tradition historique du mouvement : celle de l'auto-détermination, de l'intégrité territoriale et du refus des dictats géopolitiques.
En concluant son discours par un appel au respect mutuel et à l'avènement d'un ordre mondial plus équitable, le Mali réaffirme sa volonté de demeurer au premier rang des nations qui refusent de s'aligner, choisissant la voie du partenariat d'égal à égal et de la coopération Sud-Sud.
Cyril DAKPITI